Le Marketing Automation : Qu'est-ce que c'est vraiment ?

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Sommaire7 sections
  1. 01Le déclencheur, c'est le point de départ de tout
  2. 02Le scénario, une suite de « si » et d'attentes
  3. 03Segment et liste ne sont pas la même chose
  4. 04Le scoring, noter des gens qu'on ne connaît pas
  5. 05Le cycle de vie, la carte qui manque presque toujours
  6. 06Quatre malentendus qui reviennent tout le temps
  7. 07Pourquoi le vocabulaire compte autant

Posez la question dans une réunion et vous obtiendrez cinq réponses différentes. Pour l'un, c'est l'outil d'emailing. Pour l'autre, c'est le CRM. Un troisième parlera d'intelligence artificielle, ce qui n'a rien à voir. Le terme circule depuis plus de quinze ans dans les services marketing francophones et il continue de désigner des choses très différentes selon la personne qui le prononce.

Le fond de l'affaire est pourtant simple, presque décevant. Le marketing automation, c'est une mécanique qui envoie un message à une personne précise, au moment où cette personne fait quelque chose de précis, sans qu'un humain ait à cliquer sur « envoyer ». Rien de plus. Toute la difficulté tient dans la définition de « quelque chose de précis » et de « personne précise », et c'est là que le vocabulaire du métier devient utile.

Cet article ne parle ni de logiciels ni de budgets. Il pose les cinq mots qu'il faut avoir compris avant d'ouvrir quoi que ce soit : déclencheur, scénario, segment, scoring, cycle de vie. Quand ces cinq mots sont clairs, la plupart des débats sur les outils se règlent en dix minutes.

Schéma d'un scénario d'automatisation marketing

Le déclencheur, c'est le point de départ de tout

Un déclencheur est un événement observable qui met la mécanique en route. Une inscription à une liste. Un formulaire rempli. Un panier abandonné depuis deux heures. Une date anniversaire dans la fiche contact. Une page consultée trois fois en une semaine.

La nuance qui échappe souvent aux débutants : un déclencheur est un instant, pas un état. « Le contact est client » n'est pas un déclencheur, c'est une caractéristique. « Le contact vient de devenir client » en est un. La distinction paraît scolaire, elle explique la moitié des scénarios qui tournent en boucle et renvoient six fois le même message à la même personne.

Deuxième nuance, plus embêtante : un déclencheur suppose que l'événement soit capté quelque part. Si votre site ne remonte pas le clic, si votre caisse ne remonte pas l'achat, l'événement existe dans la réalité et n'existe pas dans le système. Beaucoup de projets butent là, très en amont de la partie marketing.

Le scénario, une suite de « si » et d'attentes

Le scénario, parfois appelé workflow ou parcours, est la suite d'étapes qui se déroule après le déclencheur. Il contient trois types de briques et pas davantage : des actions (envoyer, taguer, notifier un commercial), des attentes (patienter deux jours, attendre le lundi matin) et des conditions (si la personne a ouvert, aller par ici, sinon par là).

Avec ces trois briques on dessine à peu près n'importe quoi, et c'est aussi le problème. Un scénario se ramifie vite, et un arbre à quarante branches ne se maintient pas. J'ai vu des équipes bâtir des cathédrales que plus personne n'osait toucher six mois plus tard.

La règle empirique que je donnerais : si vous ne pouvez pas expliquer votre scénario à voix haute en moins d'une minute, il est trop compliqué. Coupez-le en deux scénarios distincts, quitte à répéter une étape.

Segment et liste ne sont pas la même chose

Une liste est un sac. On y met des contacts, ils y restent jusqu'à ce qu'on les retire à la main. Un segment est une question posée à la base : « tous les contacts de la région Sud qui ont acheté au moins une fois et n'ont rien ouvert depuis quatre mois ». La réponse change toute seule, tous les jours, sans que personne n'intervienne.

Cette différence a des conséquences pratiques. Un segment bien écrit se met à jour quand la réalité bouge. Une liste vieillit, se dédouble, garde des adresses mortes et finit par abîmer la délivrabilité de tout le domaine. Si vous héritez d'un système existant, comptez les listes : leur nombre est un assez bon indicateur de l'état général du dossier.

Le scoring, noter des gens qu'on ne connaît pas

Le lead scoring attribue des points aux contacts selon ce qu'ils sont et ce qu'ils font. Ouvrir un email vaut un point, demander une démonstration en vaut quinze, travailler dans un secteur qui ne vous concerne pas en retire dix. Au-delà d'un seuil, le contact bascule vers l'équipe commerciale.

Je vais être franc sur ce point : le scoring est la brique la plus survendue du lot. Sur le papier, elle sépare le bon grain de l'ivraie. En pratique, les barèmes sont posés au doigt mouillé lors d'un atelier de deux heures, puis jamais recalibrés. Un score qui n'a pas été confronté aux ventes réellement conclues ne mesure rien, sinon l'assiduité des gens à ouvrir des emails. Les curieux chroniques montent très haut. Le décideur qui lit une page tarifaire et appelle directement ne monte jamais.

Le scoring devient utile le jour où on le compare, sur plusieurs mois, aux affaires signées. Avant ce jour, c'est un chiffre décoratif dans une fiche contact.

Le cycle de vie, la carte qui manque presque toujours

Le cycle de vie décrit les grandes étapes par lesquelles passe un contact : inconnu, identifié, intéressé, en discussion, client, client fidèle, client dormant. Les noms varient, la logique tient dans une feuille de papier.

C'est la notion la plus utile des cinq et la plus souvent sautée. Sans elle, on empile des scénarios sans savoir à qui ils s'adressent, et deux automatisations finissent par parler en même temps à la même personne avec des messages contradictoires. Avec elle, chaque scénario a une place : celui-ci sert à passer d'identifié à intéressé, celui-là à réveiller un client dormant.

Dessinez cette carte avant tout le reste. Elle prend une demi-journée et elle rend la moitié des débats d'outillage sans objet.

Quatre malentendus qui reviennent tout le temps

Ce n'est pas de l'emailing en plus gros. Une campagne d'emailing part à une date choisie par vous vers une liste choisie par vous. Un scénario part à une date choisie par le contact, une personne à la fois. La différence de logique est totale, même si l'écran d'édition du message se ressemble.

Ce n'est pas un CRM. Le CRM garde la mémoire de la relation commerciale et sert aux vendeurs. La plateforme d'automatisation déclenche des actions et sert au marketing. Les deux se parlent, se recouvrent partiellement, et remplacent rarement l'un l'autre proprement.

Ce n'est pas de l'intelligence artificielle. Les scénarios classiques sont des arbres de conditions écrits à la main par un humain. Rien n'apprend, rien ne s'adapte tout seul. Des fonctions prédictives existent dans certaines plateformes, elles ne sont pas le cœur du sujet et beaucoup d'organisations n'en verront jamais l'intérêt.

Ce n'est pas une machine à fabriquer de la demande. L'automatisation traite mieux les contacts que vous avez. Elle n'en crée pas. Si le haut du tunnel est vide, elle automatise le vide, avec une régularité irréprochable.

Pourquoi le vocabulaire compte autant

Ces cinq mots ne sont pas du jargon décoratif. Ils forment le langage dans lequel se discute un projet, et une équipe qui les emploie de travers construit de travers. Quand quelqu'un dit « segment » en pensant « liste », le système finit avec des sacs figés qu'il faudra vider un jour à la main. Quand quelqu'un dit « déclencheur » en pensant « condition », le système envoie six fois le même message.

Un dernier conseil, un peu à contre-courant. Avant de comparer des plateformes, écrivez sur papier un seul parcours complet : l'événement de départ, les deux ou trois messages, le moment où ça s'arrête. Si vous n'y arrivez pas à la main, aucun logiciel ne le fera à votre place. Si vous y arrivez, vous saurez quoi demander en démonstration, et vous poserez de meilleures questions que la moitié des acheteurs.

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