Publicités ciblées : Comment s'en débarrasser sans tracas ?
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Vous regardez une paire de chaussures un mardi soir. Le mercredi, elles vous suivent sur trois sites d'actualité, dans une application de météo et au milieu d'une vidéo. Cette impression d'être pisté n'a rien d'irrationnel : c'est exactement le fonctionnement du système. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut en réduire une bonne part en une demi-heure de réglages, sans installer quoi que ce soit d'exotique.
Un avertissement d'abord, parce qu'il évite des déceptions. Réduire le ciblage ne supprime pas les publicités. Vous verrez le même nombre d'encarts, ils seront simplement moins pertinents, tirés d'un ciblage large plutôt que de votre historique. Faire disparaître les publicités elles-mêmes relève d'une autre démarche, qui a ses propres effets de bord.
Le refus sur la bannière de consentement, le geste qui compte le plus
La fenêtre qui s'affiche à l'arrivée sur un site français n'est pas une formalité décorative. Elle conditionne le dépôt des traceurs publicitaires. Cliquer « Tout accepter » autorise en général plusieurs centaines de partenaires à lire et écrire des identifiants dans votre navigateur, pour la durée prévue par le site, souvent six mois.
Le refus doit être aussi simple que l'acceptation : un bouton « Tout refuser » ou « Continuer sans accepter » au même niveau que le bouton vert. Quand il est absent, ou caché derrière trois écrans de « paramétrer mes choix », le site n'est pas en règle avec la doctrine française sur les cookies, et un signalement à la CNIL prend deux minutes.
Un piège classique mérite d'être signalé. Sous la liste des finalités, beaucoup de bannières affichent un onglet « intérêt légitime » avec des interrupteurs déjà activés, qui ne bougent pas quand vous refusez le reste. Il faut les désactiver un par un, ou chercher le lien « tout objecter » caché en bas. C'est fastidieux et parfaitement délibéré.
Régler son navigateur une fois pour toutes
Firefox propose une protection renforcée contre le pistage, active par défaut, qu'on peut passer en mode strict dans les paramètres de vie privée. Ce mode bloque les traceurs intersites et cloisonne les cookies par site, ce qui casse le recoupement d'un domaine à l'autre. Quelques sites de connexion partagée s'en trouvent perturbés, rarement.
Safari bloque les cookies tiers depuis longtemps et limite la durée de vie des identifiants posés par des scripts. Sur Mac comme sur iPhone, la case « Empêcher le suivi intersites » est cochée par défaut et il n'y a rien à faire de plus.
Chrome reste le cas le moins confortable, ce qui n'a rien de surprenant vu qui l'édite. Les cookies tiers s'y bloquent site par site ou globalement dans les paramètres de confidentialité, et la section consacrée à la publicité contient des réglages de thèmes d'intérêt qu'il vaut mieux désactiver entièrement. Les navigateurs bâtis sur le même moteur mais configurés autrement, comme Brave ou Vivaldi, offrent le même rendu des pages avec des réglages plus favorables au départ.
Deux gestes complémentaires : supprimer les cookies existants une fois les réglages faits, sinon les anciens identifiants continuent de vivre leur vie ; et refuser l'ajout automatique d'extensions douteuses qui promettent de bloquer le pistage tout en revendant votre historique.
L'identifiant publicitaire du téléphone, le point aveugle
Sur mobile, le suivi ne passe pas par les cookies mais par un numéro attribué à l'appareil, que les applications lisent pour vous reconnaître entre elles. C'est souvent le canal le plus efficace, et le plus oublié.
Sur iPhone, la demande d'autorisation apparaît au premier lancement d'une application. Le réglage global se trouve dans Réglages, Confidentialité et sécurité, Suivi : désactiver l'autorisation pour toutes les applications coupe l'accès à l'identifiant. Le refus est net et il tient.
Sur Android, la manipulation se trouve dans Paramètres, Confidentialité, Annonces. On peut y supprimer l'identifiant publicitaire, ce qui renvoie une valeur vide aux applications qui le demandent. À défaut, le réinitialiser régulièrement casse au moins la continuité de l'historique, sans l'empêcher de se reconstituer.
Le suivi ne s'arrête pas là. Certaines applications recoupent des signaux techniques comme le modèle, la version du système, les polices installées ou la résolution, pour reconstituer une empreinte. Contre cette technique, aucun réglage grand public ne fait de miracle. Limiter le nombre d'applications installées reste la mesure la plus efficace, et la moins agréable à entendre.
Le droit d'opposition, plus lent mais plus solide
Les réglages agissent sur votre appareil. Le droit d'opposition prévu par le RGPD agit sur les fichiers détenus par l'entreprise, ce qui n'est pas la même chose du tout. Toute personne peut s'opposer à un traitement de prospection commerciale, et cette opposition n'a pas à être motivée. Le responsable doit y donner suite sans délai excessif, le texte prévoit un mois, extensible à trois pour les demandes complexes.
La demande s'envoie au délégué à la protection des données, dont l'adresse figure dans la politique de confidentialité du site. Une phrase suffit : opposition à toute prospection et à tout profilage à des fins publicitaires, sur le fondement de l'article 21 du RGPD, avec effacement des données correspondantes. Gardez une copie datée.
Ce chemin demande quelques minutes par entreprise, ce qui le rend inapplicable aux centaines de courtiers en données dont vous ignorez l'existence. Il devient utile face aux acteurs identifiés : un site marchand qui vous relance, une régie dont le nom revient dans les bannières, une enseigne dont vous avez la carte de fidélité. En cas de silence au bout d'un mois, la plainte en ligne auprès de la CNIL est gratuite.
Les bloqueurs, ce qu'ils font et ce qu'ils ne font pas
Un bloqueur de contenu filtre les requêtes vers des domaines connus pour servir de la publicité ou du pistage. Les extensions sérieuses, uBlock Origin en tête, sont gratuites, ouvertes, et efficaces sur les scripts tiers. Elles ne voient rien du suivi qui se passe côté serveur, ni des données que vous transmettez vous-même en créant un compte.
Deux limites de fond. La première : les grandes plateformes servent leurs publicités depuis leurs propres domaines, exactement là où un filtrage par liste ne peut pas trancher sans casser le site. La seconde : bloquer, c'est retirer la ressource des sites qui vivent de la publicité, y compris ceux que vous lisez tous les jours. C'est un choix défendable, mais qui se pose plutôt que se subit.
Le paiement pour retirer la publicité, proposé par plusieurs services, est une réponse honnête sur le principe. Vérifiez toutefois ce qui est couvert : sur certaines offres, le pistage à des fins de mesure d'audience continue, seuls les encarts disparaissent.
Une dernière remarque sur le VPN, souvent présenté comme la solution. Il masque votre adresse IP et rien d'autre. Vos cookies, votre identifiant publicitaire, vos comptes connectés et votre empreinte de navigateur voyagent avec vous. Contre le ciblage publicitaire, son apport est marginal.
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